Soly Cissé ou la mythologie contemporaine

En résidence à l’Institut français de Pointe-Noire, l’artiste Soly Cissé y expose jusqu’au 25 février vingt-trois œuvres récentes - toiles, pastels et sanguines.

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De Dakar au monde entier

Né en 1969, Soly Cissé dessine depuis son enfance (il retouchait notamment les radiographies que son père, médecin, rapportait à la maison). Décidé à devenir peintre, il quitte le lycée et s’inscrit à l’école nationale des Beaux-Arts de Dakar dont il sort major en 1996. Formé à la peinture et à la sculpture, c’est cependant vers la photographie qu’il s’oriente au sortir de l’école, remportant plusieurs prix qui lui permettront de partir exposer et étudier en France et en Belgique. De retour au Sénégal, il se remet à dessiner, peindre et sculpter, développant une œuvre plastique centrée sur une mythologie personnelle empruntant au totémisme, à l’art brut ainsi qu’à un certain expressionnisme.

Artiste reconnu sur la scène internationale, Soly Cissé a été sélectionné pour l’exposition Africa Remix (Düsseldorf, Londres, Paris, Tokyo) ainsi que pour les biennales de Sao Polo, La Havane et Dakar. Il a exposé en France (Musée Dapper, Musée des Arts derniers), Belgique, Italie, Espagne, Portugal, Allemagne, Afrique du Sud, aux Etats-Unis et au Canada. En 2008, son œuvre a fait l’objet d’une importante rétrospective au Musée national de Dakar.

Une mythologie contemporaine

Onirique, organique et tragique, la peinture de Soly Cissé se déploie à partir de fonds noirs, cette couleur permettant de révéler (comme dans les radiographies de son enfance) un bestiaire troublant où hommes, monstres-humains, chiens, chats, rats, bovins, hyènes et volatiles alignés, imbriqués ou juxtaposés défient le regardeur de leur présence massive et muette. Blocs compacts d’êtres esquissés par le fusain ou prisonniers de la pâte picturale et qui semblent figurer quelque procession, migration ou cérémonie magique. Monde perdu ? comme le suggère ce titre d’une série de dessins. Sur les images, l’artiste ajoute des mots sonnant comme des slogans ou des logos ainsi que d’étranges combinaisons de chiffres rappelant les codes barres des supermarchés. Traités comme des pochoirs ou des tatouages, ces signes contribuent au choc des temporalités que l’art de Soly Cissé met en scène : l’animisme à l’ère du numérique. Monumentale, quasi-sculpturale (Cissé est également sculpteur), sa peinture réalise une synthèse percutante de l’action-painting, de la statuaire et des graffitis urbains.

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Artiste avant tout

Soly Cissé fait partie de cette génération d’artistes qui, de Yinka Shonibare à Hassan Musa en passant par Pascale Marthine Tayou et Barthélémy Toguo (avec qui Cissé a exposé en 2011 à l’Institut français de Dakar) refuse de se laisser épinglée sous l’étiquette "artistes africains" (avec tous les présupposés ethniques, voire folkloriques, de cette appellation) pour mieux s’inscrire dans le champ global de l’art contemporain en mixant leurs cultures d’origine à l’histoire de l’art et au monde actuel.

La figuration aujourd’hui

Avec cette exposition soutenue par les sociétés Total E&P Congo et Bolloré Africa Logistiques, l’Institut français de Pointe-Noire poursuit son programme de résidences de création plastique lancé il y a quatre ans et qui a accueilli, autour de la question de la figuration, plus d’une vingtaine d’artistes africains ou européens, reconnus ou émergents, tels que Robert Combas, Julien Blaine, Barthélémy Toguo, William Wilson, Ransome Stanley, Otobong Nkanga, Bill Kouélany, Vitshois Mwilambwe Bondo ou Steve Bandoma…

Exposition Soly Cissé, jusqu’au 25 février 2012 à l’Institut français du Congo à Pointe-Noire

Dernière modification : 30/01/2012

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