Les "vanités" de Gastineau Massamba à l’IFC

Le plasticien congolais présente à Brazzaville, depuis le 11 avril et jusqu’au 27 mai 2012, une exposition « cousue main », où ses compositions - couturées de fil noir sur fond blanc - nous invitent à dérouler l’écheveau des vanités terrestres, en même temps qu’à une confrontation avec notre propre finitude.

Une exposition très « crâne »

Se trouvant à court de peintures et de pigments, Gastineau a décidé un jour de remplacer le pinceau par l’aiguille, et de coudre ses dessins sur des surfaces de toile ou de bâche cirée. Il se sert pour cela de l’épais fil noir qui sert à fabriquer les tresses et les parures de cheveux des femmes de son pays. De ce fait il réduit donc souvent le dessin au contour mais retrouve la profondeur, et une forme d’arrière-pensée, grâce à des « fenêtres » et des « volets » ouverts dans les plus grandes bâches à la façon des calendriers de l’avent. Il a ainsi révolutionné sa manière, passant de figures entrelacées très complexes et très colorées, à des combinaisons beaucoup plus simples et plus lisibles - auxquelles la dualité du noir et du blanc confère néanmoins une impressionnante densité dramatique.

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Soldats en armes, allusions feutrées à la « Françafrique » ou à l’histoire tragique de son pays, références codées à des événements qui ont marqué l’imaginaire collectif des Congolais, tels sont les éléments de vocabulaire qui jalonnent l’exposition. Avec, omniprésent, ce Memento mori qui s’adresse à tous sans distinction, et qui rejoint le grand schème obsessionnel de l’âge baroque : le crâne humain, si caractéristique de la peinture des 16 ème et 17 ème siècles européens, dans ces « vanités » qui constituaient alors un genre à part entière. L’exposition en développe de nombreuses variations, parfois encore tout embroussaillées au milieu de leurs fils ; parfois, au contraire, balafrant la toile à très gros points.

Des choix scénographiques très marqués

L’Institut français du Congo a choisi, pour cette exposition, de renforcer le parti pris graphique choisi par l’artiste, tout en invitant le spectateur à un cheminement personnel : dans le très grand hall conçu par l’architecte Olivier Cacoub, l’espace de l’exposition a été délimité par un film de plastique noir déroulé sur le sol. Les plus grandes pièces y sont installées verticalement, sur des panneaux blancs, tandis que les petites toiles sont disposées horizontalement, dessinant des sortes de « marelles », ou encore d’imparfaits chemins de croix constitués de carrés blancs qui se détachent sur le fond noir du sol. Le visiteur peut donc soit cheminer autour de cet espace, soit abandonner ses chaussures à la lisière de la surface autorisée et déambuler librement parmi les œuvres.

Dans le droit fil d’une réflexion sur la mort, ou sur la réparation
Chevelures des Marie-Madeleine, dans la grande famille des vanités d’autrefois, ou coiffures tressées des femmes africaines d’aujourd’hui, c‘est bien, « en filigrane », le même angoissant rappel du caractère éphémère et périssable de la jeunesse et de la beauté. Fil ténébreux de la Parque, cousu en sombre sur une matière blanche qui peut faire penser au linceul, avec à l’occasion de dérangeantes échappées de fils qui composent des grouillements de formes serpentines. Mais peut-être aussi fil d’Ariane, ou même fil du chirurgien, celui qui suture les plaies du passé et qui formera cicatrice… C’est pourquoi, si le spectateur congolais y voit des allusions factuelles qui, pour une large part sans doute, échapperont au visiteur étranger, il est certain que le travail de cet artiste éveillera en chacun des résonances extrêmement profondes.

Liens utiles :

Gastineau Massamba est actuellement en couverture du magazine bilingue « All », qui se définit comme « le lifeculturel contemporain ». Un portfolio lui est consacré dans les pages intérieures : (http://www.les-editions-all.com/).

L’artiste sera également exposé à l’Espace Basango de Pointe-Noire entre le 5 avril et le 5 mai 2012 : http://www.basango.info/photos/IMG3331_gp1693061.html).

Dernière modification : 19/04/2012

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