Les objectifs de l’intervention française au Mali

Le texte ci-dessous reprend le discours prononcé par le ministre des Affaires étrangères devant la presse, le 14 janvier 2013.

Je voudrais faire le point sur la situation diplomatique de l’opération militaire au Mali. D’abord, je voudrais vous rappeler les objectifs de cette intervention que nous avons déclenchée à la demande des autorités maliennes pour répondre à une urgence.

J’ai eu l’occasion hier de rappeler les trois objectifs et je veux vous les confirmer.

- Le premier, c’est de stopper l’offensive des groupes armés terroristes vers le sud qui menaçaient l’ensemble du Mali et notamment la capitale, Bamako. Cette opération est en cours et elle se déroule de façon satisfaisante.

- Le deuxième objectif, c’est d’éviter l’effondrement du Mali. Il s’agit de la condition sine qua non du retour du Mali à son intégrité territoriale.

- Le troisième objectif, c’est de permettre la mise en œuvre des résolutions internationales, que ce soit les Nations unies, l’Union africaine, la CEDEAO et l’Union européenne. Cela constitue bien entendu notre objectif principal. S’agissant des Nations unies, il faut avoir à l’esprit que trois volets doivent être traités : le volet sécuritaire - c’est une évidence -, le volet politique et le volet du développement.

Cette intervention, je veux le souligner, s’inscrit dans le cadre strict de la légalité internationale. Elle répond à une demande formelle du président malien et elle est conduite en conformité avec la charte des Nations unies, en cohérence avec les résolutions des Nations unies 2056, 2071 et 2085. Le cadre, c’est donc l’organisation des Nations unies ; le demandeur, c’est le Mali ; nos partenaires, ce sont les Africains et la Communauté internationale. Nous n’avons évidemment pas vocation à agir seuls. Le soutien politique international dont nous disposons - je voudrais insister là-dessus - est quasi-unanime. Nous avons agi en toute transparence, nous avons informé l’ensemble de nos partenaires. Hier, le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-Moon, a tenu à m’appeler au téléphone longuement pour me confirmer - je le cite - que nous avions le plein soutien de l’organisation des Nations unies.

J’ai personnellement été en contact avec beaucoup de mes homologues. J’en citerai plusieurs : il y a quelques instants avec Mme Ashton, la Haute représentante pour l’Union européenne en politique étrangère ; avec les ministres des affaires étrangères d’Allemagne, M. Westerwelle, du Royaume-Uni, M. William Hague, d’Italie, M. Terzi, des Pays-Bas, M. Timmermans, du Danemark, M. Sovndal. Je me suis également entretenu avec le président du Sénégal, M. Macki Sall, avec mon homologue algérien, que je vais à nouveau contacter dans quelques instants, M. Medelci, avec Mme Zuma, la présidente de la Commission de l’Union africaine et avec la ministre des affaires étrangères d’Afrique du Sud, Mme Mashabane. Tous m’ont confirmé le soutien de leur pays.

Ce matin, j’ai reçu le ministre des affaires étrangères du Mali, M. Coulibaly, qui m’a rendu visite pour faire le point au nom du président Traoré et du Premier ministre Cissoko, et m’a demandé de remettre au président français une lettre du président malien, remerciant chaleureusement et profondément le peuple français au nom du peuple malien. Ce soutien de nos partenaires internationaux est également opérationnel. Plusieurs pays sont engagés à nos côtés : le Royaume-Uni fournit des avions de transport tactiques et stratégiques ; l’Allemagne examine une aide logistique, humanitaire et médicale ; les Belges nous fournissent les moyens de transport et le Danemark aussi ; les États-Unis nous apportent un soutien dans le domaine du transport, des communications et du renseignement.

Les préparatifs s’accélèrent pour le déploiement d’une force ouest-africaine. Le Nigeria doit fournir 600 hommes. Le Niger, le Burkina-Faso, le Togo et le Sénégal ont annoncé l’envoi chacun de contingents d’environ 500 hommes et le Bénin, 300. Le Tchad devrait également fournir un contingent important ; d’autres soutiens encore sont annoncés. Cette mobilisation internationale est essentielle car la France n’a pas vocation à rester seule aux côtés du Mali. Les décisions prises avant Noël par l’ONU, l’Union africaine, la CEDEAO et l’Union européenne ouvrent la voie à une opération internationale, africaine en premier lieu.

C’est à la mise en œuvre rapide de ces décisions que nous travaillons aujourd’hui. Nous travaillons en étroite concertation avec les Nations unies. Une nouvelle réunion du Conseil de sécurité consacrée au Mali se tient à notre demande cet après-midi même à New York. Notre objectif est celui d’un déploiement aussi rapide que possible de ce qu’on appelle la MISMA, c’est-à-dire la mission de soutien au Mali. L’État-major est déjà en cours de déploiement à Bamako. Une conférence aura lieu demain sur place afin de planifier le déploiement des troupes. Une conférence des donateurs aura lieu à Addis-Abeba à la fin du mois de janvier en marge du sommet de l’Union africaine.

Je viens de parler à Mme Ashton qui m’a confirmé qu’une réunion exceptionnelle du conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne se tiendra cette semaine afin d’examiner la situation au Mali. Nous y prendrons des décisions permettant d’accélérer le déploiement de la mission de formation et de conseil de l’Union européenne auprès de l’armée malienne. Nous devrons examiner aussi la participation que nos partenaires européens peuvent apporter au déploiement de cette MISMA.

J’ajoute que tout est fait évidemment pour la sécurité des Français sur place au Mali et dans l’ensemble de la région. Le dispositif de sécurité a été renforcé notamment par l’envoi de gendarmes du GIGN. Le lycée français de Bamako est fermé cette semaine pour permettre une évaluation précise des questions de sécurité et éviter au maximum la prise de risques. Concernant les otages, chacun comprend l’inquiétude des familles qui est légitime. Le directeur du centre de crise, M. Didier Le Bret, est en contact permanent avec ces familles. Je viens moi-même cet après-midi de recevoir la famille de l’otage Gilberto Rodrigues Leal, à qui j’ai redit la détermination de la France.

Tout est mis en œuvre pour limiter les risques mais ce n’est pas en laissant le Mali devenir un sanctuaire terroriste que nous protégerons les otages. Ce sont en effet ces mêmes groupes, il faut toujours l’avoir à l’esprit, qui détiennent nos otages et qui risquaient de se trouver demain maîtres totaux du Mali si nous n’étions pas intervenus.

Voilà, Mesdames et Messieurs de la presse, le contexte international à l’heure où je m’exprime. En intervenant au Mali, la France assume ses responsabilités internationales et remplit ses obligations internationales. Des intérêts essentiels étaient en jeu pour nous, pour l’Afrique, pour l’Europe et pour l’ensemble de la communauté internationale et il fallait donc agir. L’urgence nous a imposé d’agir vite mais nos partenaires européens, africains et aux Nations unies montrent aujourd’hui qu’ils sont prêts à répondre eux aussi présents.

Dernière modification : 16/01/2013

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