La chanson française "dans tous ses états" à l’Institut français du Congo

Le 13 juillet, veille de Fête nationale, l’Institut français du Congo avait programmé à Brazzaville un Cabaret du Vendredi 13 qui a permis au Français Keben et au Congolais Athaya , accompagnés par quelques uns de leurs amis musiciens et chanteurs, de se livrer à une variation « en noir et blanc » autour de quelques grandes chansons mythiques du répertoire populaire français. Une version simplifiée du spectacle a été présentée le lendemain, lors de la réception du 14 juillet, à la résidence de l’ambassadeur de France.

Une soirée « endiablée »

Décidés à jouer avec les superstitions qui traditionnellement s’attachent au vendredi 13, les deux artistes avaient construit leur spectacle sur la thématique de l’ange et du démon : voix claire, dégaine de dandy décontracté, costume blanc pour le grand et charismatique Julien DEFOSSE, dit Keben, Français de Brazzaville ; costume gris métallisé, séduction à la Méphisto, voix de loup-garou charroyant des graviers, posture de rocker alcoolisé pour le très émacié et très envoûtant Athaya (celui qui « allume le feu », comme nous en prévient si justement son nom de scène !). Aussi la coloration démoniaque – évidemment traitée sur un mode parodique et bon enfant – constituait-elle le fil rouge de la représentation – qui en toute logique s’est conclue sur un hommage au Grand Orchestre du Splendid, et avec les rythmes, enragés autant qu’irrésistibles, de « La salsa du démon ».

De Piaf à Nougaro, en passant par Cabrel, Johnny, Claude François

Pour l’affiche du spectacle et pour la couverture du programme, les deux compères s’étaient déjà amusés à revisiter quelques vieux poncifs de l’imagerie identitaire. Qu’on en juge : ambiance de bistrot parisien, avec affiche du cabaret du « Chat noir », casquette ou béret, charcuterie, simili Tour Eiffel, ballons de vin rouge et même paquet de cigarettes à l’ancienne… A coup sûr, des photos « clin d’œil », politiquement très incorrectes !
Mais c’est surtout par leur réinterprétation des grands succès populaires que les deux artistes, en duo ou séparément, ont su séduire leur auditoire : « La vie en rose », chantée par le Français en langue kikongo , « Le téléphone pleure », « La fille aux yeux menthe à l’eau » ou « Joe le taxi », ont ainsi permis de vérifier à quel point la chanson de France fait intégralement partie de l’identité congolaise.
Brel, Brassens, Gainsbourg, mais aussi Michel Berger, Balavoine, les Rita Mitsouko, ont également été mis à l’honneur, parmi beaucoup d’autres. Sans oublier l’hommage à Louis Armstrong (« Armstrong, je ne suis pas noir Je suis blanc de peau »), de l’immense Nougaro …

Attention talents !

Les deux chanteurs ont repris sensiblement le même répertoire le lendemain, lors de la réception donnée pour la Fête nationale, et ont su faire vibrer, danser et swinguer les invités de la Case de Gaulle.

Unanimement applaudies, ces deux représentations auront en tout cas permis de confirmer les multiples talents du Français Keben, figure bien connue des milieux artistiques congolais. Elles ont également donné à beaucoup de Brazzavillois l’occasion de découvrir la sublime voix rocailleuse et la présence incandescente d’Athaya - cet enfant du pays, jusqu’à présent cantonné dans un relatif anonymat de « chanteur maudit » et paradoxalement très peu connu de ses compatriotes.

Dernière modification : 16/07/2012

Haut de page