Dans la Likouala isolée, le grand défi de la formation professionnelle

A travers ses actions de coopération, la France a soutenu récemment plusieurs projets dans le département de la Likouala. Le Fonds Social de Développement (FSD) a permis d’étendre en 2010 les locaux de l’Ecole catholique Paul-Marie Mopiako, à Impfondo, et de réhabiliter à Bétou l’ancienne usine d’allumettes, afin d’offrir de meilleures conditions de travail aux élèves du centre d’apprentissage catholique Likouala Timber.

Un projet de développement local exemplaire

Le centre d’apprentissage catholique Likouala Timber (CALCT) a été inauguré fin janvier au terme de 18 mois de réhabilitation et d’aménagement. Soumis par les Ecoles catholiques de la Likouala, ce projet s’était vu attribuer par l’Ambassade de France une subvention de 24 736 400 FCFA (37 710 euros). L’objectif du projet est de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes du Département de la Likouala en leur offrant une formation qualifiante de qualité.

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Le centre d’apprentissage réhabilité

En 2007, la Direction des Ecoles catholiques de la Likouala avait ouvert un centre d’apprentissage à Bétou en s’appuyant sur l’expérience du Centre de formation professionnelle Sala Ngolo de Dolisie, mis en place au début des années 2000 par le Père Lucien Favre avec, déjà, l’appui du FSD. Confrontées à l’étroitesse des locaux, les Ecoles catholiques de la Likouala ont alors envisagé de réhabiliter les bâtiments de l’ancienne usine d’allumettes FALCO qui leur avait été cédée en 2007.

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Vue du bâtiment avant la réhabilitation

Ce projet est en grande partie le fruit du travail des apprentis du centre puisque les ateliers menuiserie et maçonnerie ont été fortement impliqués dans les travaux. La réhabilitation de cette usine désaffectée a redonné vie à un lieu chargé d’histoire.

Dans sa nouvelle configuration, le centre s’étend dans des locaux vastes et propose sept filières de formation : maraichage et élevage, menuiserie (ébénisterie, charpente), mécanique (automobile et soudure), restauration-hôtellerie, coupe-couture, maçonnerie, électricité. Depuis cette année, des cours d’initiation à l’informatique sont également proposés aux élèves et à des personnes extérieures (agents de la sous-préfecture et de la mairie, salariés de la société forestière). Le projet a déjà permis d’atteindre des résultats très satisfaisants. Le CACLT accueille cette année 193 jeunes (soit 43 de plus que prévu) dont 50 jeunes filles. Parmi ces élèves, 15 sont des réfugiés de RDC et 19 jeunes Baakas suivent actuellement une formation après avoir suivi des cours d’alphabétisation pendant 3 ans (méthode ORA). 97% des élèves de la promotion de 2012, soit 68 élèves, ont validé leurs deux années de formation.

Un projet collaboratif et concerté

Situé au cœur du Bassin du Congo, le Département de la Likouala a principalement développé ses activités autour du secteur forestier. Six entreprises exploitent les huit unités forestières annuelles (UFA) de la région. La création d’un centre de formation professionnel à Bétou émane de la demande de l’une d’elles, en raison de la difficulté de trouver du personnel qualifié dans la région et de la frustration de la jeunesse locale appelée principalement pour des travaux peu valorisés (manutention, entretien. Iimplantée à Bétou, la société italienne Likouala Timber emploie 780 personnes dont 85% sont des expatriés africains (camerounais, congolais de RDC, centrafricains essentiellement).

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Pendant la réhabilitation du site : travail de la section maçonnerie

La création du CACLT par les Ecoles catholiques de la Likouala permet donc de répondre en partie à cette sollicitation. Si certains salariés de La Likouala Timber viennent partager leur savoir-faire à l’occasion de séances de formation au centre d’apprentissage, la société constitue également un lieu de stages pratiques pour les apprenants. A l’heure actuelle, 75% des jeunes formés au CACLT ont un emploi dont 20% dans la Société forestière Likouala Timber. Mais le partenariat avec la Société va au-delà : elle fournit gratuitement l’électricité au CACLT (ce qui permet des économies substantielles étant donné que l’électricité n’est générée que par groupes électrogènes), elle met à disposition de la section menuiserie toutes les machines de travail et fournit parfois du bois gratuitement ou à un prix modique.

En définitive, le projet s’inscrit dans le cadre plus large de la promotion de l’éducation pour tous dans la Likouala. Le Père Lucien Favre, présent sur le territoire congolais depuis la fin des années 1990, d’abord à Dolisie et depuis 2006 à Bétou, anime ainsi la pastorale des communautés autochtones de la préfecture apostolique de la Likouala. A ce titre, il a déjà à son actif la création de 22 « écoles préparatoires ORA* » dans le département de la Likouala regroupant entre 1 800 et 2 000 enfants. Un travail considérable pour ce département grand comme deux Belgique mais toujours handicapé par son grand enclavement.

*ORA : « Observer, Réfléchir, Agir », est une méthode d’enseignement adaptée aux enfants autochtones pour leur apprendre, en trois ans, à lire, à écrire et à calculer en langue française. Déjà expérimentée au Cameroun, elle a été proposée par le Père Lucien Favre dans le cadre du « Projet Amélioration de la qualité de vie des peuples autochtones de la Likouala » appuyé par l’UNICEF qui dote les élèves de kits scolaires. Après les trois ans correspondant à ORA 1, ORA 2 et ORA 3, dispensés par des maîtres autochtones, l’enfant est admis dans une école classique primaire mixte où il reçoit avec les enfants bantous, les mêmes enseignements.

Dernière modification : 22/02/2013

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