15.09.2015 - Intervention de l’Ambassadeur de France au Congo, M. Jean-Pierre Vidon, à l’occasion du vernissage de l’exposition céramique "Mabélé Ya Congo" à l’Institut Français

A vérifier au prononcé


Mesdames,
Messieurs,

Si je suis heureux d’être ici, ce soir, à l’occasion du vernissage de l’exposition intitulée Mabélé Ya Congo - ce qui signifie Terre du Congo -, exposition attendue depuis le lancement du projet franco-allemand sur la relance d’une filière de céramistes congolais, je suis également triste de la disparition, cette fin de semaine, d’un des deux céramistes ayant collaboré à la décoration de la Case de Gaulle. Monsieur Fidèle Nzitoukoulou participait, en avril dernier, au séminaire de formation en faisant profiter tous les participants de sa longue expérience et de son enthousiasme à pétrir la terre congolaise. A l’occasion de ce vernissage, qu’il me soit permis de lui rendre un hommage appuyé ; aussi, je vous demande une minute de silence.

La céramique est une tradition ancienne en République du Congo. L’architecte Erell, qui conçut les plans de la case de Gaulle comme ceux de la basilique Sainte-Anne, fit appel, en 1941, à plusieurs céramistes congolais pour insérer dans l’entrée de ce qui est aujourd’hui la résidence de France des scènes de la vie quotidienne congolaise.

Par ailleurs, dans les années d’après-guerre, naît l’école des arts et de l’artisanat où l’on pratique la céramique et la sculpture. Cette école fut notamment dirigée, en 1954, par le grand prix de Rome, Evariste Jonchère, qui modela toute une génération de jeunes artisans congolais pour en faire de véritables artistes.

On retrouve ainsi, dans les dépôts du musée national, nombre d’œuvres en céramique qui témoignent d’une créativité exemplaire et d’une perfection à ce jour inégalée. C’est à mon homologue allemand, l’Ambassadeur Thomas Strieder, que l’on doit la redécouverte de ces trésors cachés quand il décida de les exposer dans sa nouvelle résidence. On redécouvrit à cette occasion des céramiques possédant une finesse des tracés, des motifs dépouillés inspirés de l’art moderne, des tableaux de scènes de vie - danseurs, chasseurs, cueilleurs – qui reflètent bien la richesse artistique que cette génération a produite.

Cette exposition fut comme un déclic. Après en avoir discuté avec l’Ambassadeur d’Allemagne, nous avons estimé que l’appui à la filière des céramistes congolais justifiait que soit sollicité un financement du fonds culturel franco-allemand. Ce dernier a été créé en 2003 à l’occasion du 40ème anniversaire du Traité de l’Elysée qui scellait l’amitié entre la France et l’Allemagne. Il permet aux deux pays d’encourager et de soutenir des initiatives de coopération culturelle conduites conjointement par les réseaux diplomatiques français et allemand dans un pays tiers.

La relance d’une filière de céramistes congolais a eu pour ambition deux séries de réalisations : la première a été la création d’une cinquantaine d’objets aux motifs originaux qui donnent lieu à cette exposition présentée aujourd’hui à l’IFC ; je me réjouis à cet égard que le thème des Jeux africains ressorte, comme nous l’avions souhaité, de plusieurs des œuvres et que cette exposition coïncide avec l’événement. La seconde porte sur des fresques dont les thèmes universels pourront constituer un parcours culturel et touristique dans les différents quartiers de la capitale.

Vingt-cinq céramistes congolais ont ainsi été identifiés pour participer à ce premier séminaire. La Manufacture d’Art et d’Artisanat Congolais et l’Ecole Nationale des Beaux-Arts, siège d’activités dans le secteur culturel, se sont montrées intéressées pour intégrer le projet. Le Ministère de la Culture et des Arts, et la mairie de Brazzaville, s’y sont associés avec la représentation de l’Unesco au Congo qui célèbre le 10ème anniversaire de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité culturelle.
Qu’ils en soient tous particulièrement remerciés.

L’objectif de ce projet était pluri-dimensionnel.

Premièrement, redynamiser un secteur, qui pour l’heure s’adonnait à de la production usuelle, avec la redécouverte de motifs d’inspirations traditionnelles ou locales pouvant constituer une source d’innovation et d’attractivité pour de nouveaux marchés artisanaux,

Deuxièmement, remettre l’exigence artistique au service des céramistes congolais pour que les créations soient distinguées et valorisées. Il a fallu ainsi retrouver des carrières de terre de haute qualité, réapprendre le geste juste pour les décorations originales, identifier et mettre en œuvre de nouvelles approches pour la cuisson des pièces,

Troisièmement, favoriser les conditions de travail pour que cette filière soit structurée, viable économiquement et pérenne artistiquement. Ainsi cette filière de céramistes congolais doit naturellement déboucher sur des commandes publiques et privées et une reconnaissance publique d’un des aspects de la culture congolaise.

L’objectif a été partiellement atteint avec la réalisation d’un premier séminaire en avril 2015, séminaire encadré par la céramiste française Martine MORGAND, que je salue pour son engagement et son abnégation dans la réalisation de cette première étape.

Ce ne fut pas sans difficultés : des conditions matérielles complexes, un approvisionnement en matériaux aléatoire, l’introduction de nouvelles techniques, une réflexion parfois ardue sur les pratiques artistiques. Le résultat n’en est pas moins éloquent avec cette exposition présentée à l’Institut français du Congo. Martine MORGAND nous la fera découvrir dans quelques instants, cette remarquable exposition et nous présentera chacun des créateurs congolais qui y ont participé.

Je forme bien entendu le vœu que cette première étape ne constitue que le premier pas vers un second séminaire relatif aux techniques d’émaillage et vers, à terme, une plus grande autonomie des céramistes congolais afin que leur art puisse rayonner tant au Congo qu’à l’étranger. Je vous remercie de votre attention.

Je vous remercie.

Dernière modification : 16/09/2015

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